Makoto Shinkai : Chat sur pétale de cerisier

De l’amour, de la douceur et des chats, plongez dans le monde duveteux et mélancolique du nouveau Miyazaki, j’ai nommé : Makoto « Shinkai » Niitsu.

Si l’animation japonaise ne vous rend pas insensible, que vous aimez vous laisser submerger par vos émotions ou que vous êtes fans de paysages qui flattent la rétine alors je vous propose un petit voyage à travers les œuvres de Makoto Shinkai. Si ça ne vous a pas convaincu : il y a des chats (prends-ça Internet !).

 

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Sakura Denki

Commençons par le début si vous le voulez bien. C’est le 9 février 1973 à Nagano au Japon que naît un certain Makoto Niitsu. Il y vit une enfance banale jusqu’au collège où il s’intéresse de près aux animes et à la lecture de romans et de mangas, qui deviendra très vite une véritable passion, ce qui le poussera à suivre des études de littérature à l’université Chuo. Il y intégre le club littéraire où son occupation principale consiste à dessiner des illustrations pour les romans du club et où il peut donner libre court à son imagination et abreuver sa créativité.

C’est peu de temps après s’être retrouvé diplômé que sa carrière peut enfin commencer… Mais dans un tout autre secteur : celui du jeu. C’est donc en 1994 qu’il est embauché par Falcom une compagnie de jeux vidéo japonaise. Il y réalise des clips animés pour des jeux comme Ys I et II mais travaille aussi comme graphiste en ce qui concerne le contenu web du site internet de la compagnie. Le jeune Makoto y passera un peu plus de cinq longues années durant lesquelles il fera la connaissance du musicien Tenmon alors compositeur sur plusieurs productions Falcom et qui deviendra par la suite un collaborateur récurrent.

 

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NekoVM

Aux balbutiements de l’année 1999, il réalise sur son temps libre une petite production d’une durée totale d’une minute et vingt-huit secondes : Tooi Sekai (Other Worlds), production amateur monochrome sans véritable histoire mais posant les bases d’un univers qu’il approfondira par la suite dans ses œuvres suivantes.

La même année, Makoto signe Kanojo to Kanojo no Neko (ou Shen and Her Cat sous-titré Their standing points) un court-métrage animé de cinq minutes en noir et blanc, une production indépendante réalisée de a à z par le réalisateur, à l’exception de la musique composée par Tenmon qui signe ici leur première collaboration. L’anime met en scène la relation entre un chat et sa maîtresse, le tout centré sur le point de vue du chat et s’écoulant sur une année. C’est d’ailleurs avec cette production que Makoto décide de prendre le nom de Shinkai (un surnom donné par ses amis) pour ses œuvres.

Le court-métrage rencontre un véritable succès d’estime et reçoit plusieurs récompenses comme le Grand prix du DoGA CG Animation contest ou encore le Human Grand Prix des Skip Creative Human Awards. À l’origine, il est vendu sur CD par Makoto lui-même lors de conventions et sur son site web et finit par attirer l’attention d’un producteur de la compagnie Mangazoo, qui lui propose de le vendre par le biais de celle-ci.

 

 

This is The Voices

Le bon accueil reçu par sa première production le conforte dans son idée de continuer dans l’animation, tout en travaillant pour Falcom. Il décide que sa prochaine production racontera une histoire centrée sur les messages via téléphone portable, moyen de communication alors de plus en plus présent à cette époque et inspirée par les nombreux messages qu’il recevait de sa petite amie d’alors. Peu de temps après, il est contacté par la société Mangazoo qui lui propose de transformer son idée en véritable projet. Il quitte donc son emploi chez Falcom en 2001 afin de se concentrer totalement sur ce nouveau court-métrage.

Le résultat est un anime de vingt-cinq minutes dénommé Hoshi no Koe (The Voices of a Distant Stars). Ici encore, il est entièrement réalisé par Makoto Shinkai mais est pour la première fois en couleur. La bande originale, quant à elle, est encore une fois composée par  Tenmon. Il raconte l’histoire de Mikako Nagamine, une jeune fille qui s’est engagée dans l’UNSF (la Flotte Spatiale des Nations Unies) et qui part en quête des Tarsiens, une race extraterrestre dont on a trouvé un avant poste sur Mars.  Elle et son meilleur ami resté sur Terre, Noboru, tentent de rester en contact grâce aux messages qu’ils s’envoient mais elle s’éloigne de plus en plus à travers l’espace.

Le sujet ici n’est pas vraiment la recherche des extraterrestres, il sert surtout de prétexte à l’évolution de la relation entre Nagamine et Noburo entre qui la distance ne fait que s’agrandir au fil des sauts en hyperespace du vaisseau de la jeune fille.

Petite anecdote amusante : les personnages sont tout d’abord doublés par le réalisateur lui-même pour Noburo et Mika Shinohara, sa petite amie d’alors, pour Nagamine. À noter qu’un second doublage cette fois-ci réalisé par des doubleurs professionnels a été refait à l’occasion de la sortie en dvd.

 

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Château de la Tour

En 2003 il réalise le court-métrage Egao (Smile à l’international) d’une durée d’un peu plus de deux minutes pour le programme radio/télévisé Minna no uta de la NHK (entreprise publique qui gère les stations de radio et de télévision du service public japonais). Il met en scène le quotidien d’une jeune fille avec son hamster, le tout sur fond d’une chanson interprétée par Hiromi Iwasaki, chanteuse populaire au Japon. Encore une fois le style de Makoto Shinkai est reconnaissable dès les premières images.

Mais c’est un an plus tard qu’il donne naissance à son premier long-métrage : La Tour au-delà des nuages (titre original :Kumo no mukō, yakusoku no basho). Le film présente une dystopie dans laquelle, après la seconde guerre mondiale, le Japon se retrouve divisé et occupé par deux forces rivales : Hokkaido est annexée par l’Union, tandis que les autres îles de l’archipel sont dirigées par des forces américaines. C’est dans ce contexte tendu que trois amis d’enfance ayant grandi dans la zone américaine et, depuis toujours fascinés par une monumentale et mystérieuse tour construite par l’Union, se font une promesse : celle qu’un jour ils construiront un avion et rejoindront cette tour afin de lever le voile sur le mystère qui l’entoure.

Accompagnée d’une narration lorgnant vers le contemplatif, des personnages d’une sincérité éclatante mais aussi d’une bande originale somptueuse, la nouvelle réalisation de Makoto Shinkai à tout pour plaire. À sa sortie, le film reçoit un bon accueil aussi bien critique que public et permet au réalisateur de se faire connaître encore un peu plus. Le long-métrage reçoit d’ailleurs, comme ses précédentes productions, plusieurs récompenses aussi bien au Japon qu’au Canada ou à Séoul.

 

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Cherry Blossoms

Par la suite, il faudra attendre près de trois ans avant d’apercevoir la nouvelle réalisation de l’artiste, encore un long-métrage, le bien nommé : 5 centimeters per second (titre original : Byōsoku go senchimētoru). Petite anecdote : le titre fait référence à la vitesse à laquelle chute un pétale de cerisier. Le film est en fait constitué de trois histoires centrées sur un garçon nommé Takaki Tono, ces différentes parties permettant au film de le suivre sur plusieurs années, l’action se déroulant au Japonentre le début des années 90 et 2008.

Cette nouvelle réalisation raconte donc les péripéties de Takaki Tono, jeune garçon qui à l’école se lie d’amitié avec une certaine Akari Shinohara en raison de leurs intérêts communs. Cependant, après l’école primaire, les parents d’Akari déménagent dans une autre ville, bien trop loin pour que les deux personnages puissent continuer à se voir. Ne se laissant pas abattre, ils débutent alors une correspondance. Jusqu’à ce que Takaki déménage à son tour, ce qui éloigne les deux amis qui se promettent qu’un jour ils se retrouveront.

5 cm per second est incontestablement l’une des plus belles réalisations de Makoto Shinkai, l’animation impeccable et les couleurs aux teintes éclatantes subliment une histoire d’amour haletante, le tout sur une musique du collaborateur de toujours : Tenmon. Le film remporte encore une fois de nombreux prix et son réalisateur se voit même considéré par certaines revues comme le nouveau Miyazaki, ce à quoi l’intéressé répondra qu’on le surestime, n’étant pas d’accord avec cette affirmation.

 

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Voyage et métrages

Par la suite, Makoto Shinkai réalise le film Voyage vers Agartha qui sort en 2011 et conte l’histoire d’Asuna une jeune fille solitaire et forcée de grandir suite au décès de son père et le fait que sa mère, alors infirmière, travaille de longues heures à l’hôpital. De nature solitaire, la jeune fille passe tout son temps libre à écouter la musique diffusée par la radio de son défunt son père. Un jour, alors qu’elle emprunte un pont menant à la montagne, elle se fait attaquer par une étrange créature mais se voit sauvée par un garçon du nom de Shun, qui lui explique venir du monde souterrain d’Agartha. C’est à ce moment que commence une aventure palpitante.

Lors de la création de Voyage vers Agartha, le réalisateur s’est rendu compte que ses précédentes productions avaient pour élément central des histoires sur des personnages ayant dû se séparer des êtres qui leur sont chers et à donc décidé d’approfondir encore plus cette thématique en traitant cette fois de la façon de surmonter cette perte, en particulier ici du deuil. Autre différence avec ses autres travaux, la réalisation des décors se veut encore plus réaliste, nécessitant un véritable travail d’orfèvre.

 

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Vue sur jardin

L’année 2013 voit son retour au court-métrage avec Dareka no Manazashi, d’une durée de sept minutes. L’histoire nous est narrée par Mii, le chat de la famille Okamura. Nous suivons donc Aya Okamura, jeune femme ayant décidé de quitter ses parents et réaliser son rêve de devenir une adulte responsable, vivant désormais dans un appartement en plein Tokyo et travaillant dans un petit bureau. Elle garde malgré tout le contact avec son père, vivant seul depuis quelques années et passant la plupart de son temps avec Mii. C’est lors d’une conversation au téléphone qu’il annonce à Aya une triste nouvelle. Il ressort de ce court-métrage une douceur et un mélange de sentiments propre aux réalisations de Makoto Shinkai.

La même année, il réalise The Garden of Words (Kotonoha No Niwa) un moyen-métrage de quarante-cinq minutes où l’on suit Takao, un lycéen dont l’aspiration est de devenir cordonnier. Un jour de pluie, alors qu’il séchait les cours, il fait la rencontre dans un jardin japonais d’une femme nommée Yukino. Va alors s’installer progressivement une habitude entre les deux personnages qui, chaque jour de pluie, se retrouveront dans ce jardin pour finalement apprendre à mieux se connaître. Avec cette production, Makoto Shinkai nous conte une histoire d’amour et, bien que le thème central soit la solitude, en ressort une ambiance poétique où tout ne se terminera pas forcément bien.

Après avoir réalisé deux publicités pour la Taisei Corporation (société japonaise dont les domaines d’activité vont de l’immobilier à la construction de gratte-ciels), visibles ici et ici : (https://www.youtube.com/watch?v=jUkzViL9D7k

https://www.youtube.com/watch?v=mxxbx8jNLwo), en 2014, il réitère l’opération avec  Cross Road pour Z-Kai (non, il ne s’agit pas du dernier Dragon Ball), une société japonaise.

Deux ans plus tard est adapté en anime son court-métrage Kanojo to kanojo no neko (She and Her Cat : Everything Flows), composé de quatre épisodes de sept minutes, produit par Makoto Shinkai lui-même et réalisé par Kazuya Sakamoto ayant principalement travaillé pour le studio d’animation Kyoto Animation (La Mélancolie d’Haruhi SuzumiyaK-On ! ou récemment Hibike Euphonium).

 

 

Donne-moi ton nom, je te dirai qui tu es

En 2016, sort Kimi no na wa, la nouvelle réalisation de Makoto Shinkai. Adapté de son propre roman publié la même année il raconte l’histoire d’une lycéenne : Mitsuha, vivant dans une petite ville située dans les montagnes et à qui sa vie convient pas, elle rêve de partir vivre à Tokyo. Ainsi que de Taki, lycéen qui lui vit à Tokyo, une vie normale jusqu’au jour où il fait un rêve dans lequel il est dans la peau d’une jeune fille qui vit en montagne. Mitsuha fait un rêve similaire dans lequel elle est dans le corps d’un garçon à Tokyo. De là, les deux personnages vont tenter de découvrir le secret qui se cache derrière ces rêves étranges qui leur permettent d’échanger leurs vies l’espace d’un instant.

Le film, produit par la Toho (qui passe décidément une très bonne année grâce succès de Shin Godzilla, produit par la même compagnie),  est un énorme succès au Japon, se classant à la première place du box-office japonais à sa sortie. En trois semaines seulement d’exploitation le film dépasse les six milliards de yens (environ 50 millions d’euros) de prévisions de la Toho, devenant par la même occasion le premier film d’animation non produit par le studio Ghibli à dépasser les dix milliards de yens (au bout de vingt-huit jours) puis le plus gros succès du box-office japonais en 2016. Bonne surprise, Your Namesort en France le 28 décembre dans les salles obscures.

 

9

 

T’as le style coco

Makoto Shinkai est un réalisateur à la patte artistique facilement reconnaissable, les décors de ses productions sont toujours soignés, à la fois réalistes et sublimés par des couleurs aux teintes éclatantes. Ses histoires se passant d’ailleurs la plupart du temps dans des lieux existants, le réalisateur explique que cela permet aux spectateurs de s’immerger plus facilement dans la vie de tous les jours de ses personnages. C’est ainsi que beaucoup de ses films commencent par la vision d’un train, d’une gare ou de rails faisant partie de la vie quotidienne des Japonais. On peut aussi noter la présence récurrente d’un chat dans ses réalisations, sauf exception dans The Garden of Words.

Pour finir, la plupart des films de Makoto Shinkai n’ont pas de fin heureuse, résultant de malentendus et de sentiments non partagés. Selon le réalisateur, ces histoires qui finissent mal sont destinées à encourager les adolescents à apprendre à faire face à ce genre d’expériences. Il a expliqué dans une interview qu’il avait connu beaucoup de romances malheureuses et souhaite que ses personnages (tout comme lui) continuent d’avancer en dépit d’histoires infructueuses.

 

Et voilà qui met fin à notre voyage, vous pouvez détacher votre ceinture et prendre la direction de la sortie la plus proche. Mais n’oubliez pas que notre prochain départ est pour le 28 décembre,  j’espère que vous serez encore du voyage.

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